Expos

Délires et fantasmes

En ce moment à la Concorde Art Gallery , et jusqu’au 23 juin, six artistes exposent leur vision érotique de la femme.

Cet avocat de formation dit chercher une réponse à ses obsessions au travers de sa démarche esthétique. Il a photographié inlassablement des talons hauts pendant deux ans. Puisque ces chaussures ont un but plus symbolique que pratique, il les a mises en scène de manière souvent surréaliste, au sens d’André Breton.  Le cliché Shoes 10 en est un des exemples, le talon remplaçant le bras articulé d’une platine.

Cet artiste bourguignon a eu l’idée de parer la croupe féminine de bouchons de carafe en cristal. L’effet est assez réussi, c’est esthétique et glamour. En même temps on ne peut s’empêcher de se demander : à quoi répond cette idée de boucher ainsi l’orifice ? Quel qu’en soit le ressort inconscient, le résultat  artistique est plaisant et surprenant.

Cet artiste autodidacte et touche à tout s’est fait une spécialité du photomontage. Comme David Dahan (ci-dessus), sa démarche est surréaliste et les talons hauts sont en bonne place dans son oeuvre. La femme est miniaturisée face au talon aiguille, lui au contraire « gigantisé ». Quand ce n’est pas le cas, la femme se fait légère et se retrouve en lévitation.

Artiste accompli, Christian Peter ne se lasse pas de célébrer la femme, qu’il photographie plutôt charnue, à la poitrine opulente. Il mêle ses clichés de lieux, de monuments avec ceux des femmes. Il crée ainsi, ambiance, époque et contraste.

De cet artiste nous ne saurons pas grand chose. Son oeuvre semble dire que la femme a quelque chose de vertigineux pour lui. Les prises de vue sont réalisées dans des escaliers, bien souvent en contre plongée. Son travail suggère la question suivante : Qu’y a-t-il sous la jupe des femmes ?

Ce retraité s’essaie à tous les arts ou presque, écriture, cinéma, photo, peinture, sculpture. Son travail met en scène les femmes dans une ambiance désabusée.  On se croirait parfois dans un décor à la Dickens, d’autres fois dans des scènes orgiaques de la peinture classique ou embarqué sur le Radeau de la méduse de Géricault.


 

Sensual Paintings 5

Jusqu’au 28 avril, la C.A.G nous propose le cinquième opus de la série Sensual Paintings. Encore une fois c’est très varié, avec des œuvres plutôt classiques et d’autres plus fantasques.

L’art de ce peintre se nourrit du quotidien. Ce sont les femmes qui l’inspirent et qu’il représente sous des couleurs vives, d’un coup de pinceau qui rappelle celui du crayon. L’ambiance est plutôt celle des fifties. Ce sont d’énergiques portraits de femmes assumées.

Cet artiste autodidacte présente ici sa période hyperréaliste. Le fait qu’il ne soit pas passé par les Beaux-Arts donne à son travail une certaine liberté de ton. En effet, il peint sous un angle peu habituel, ce qui rend son oeuvre percutante. Il joue également beaucoup avec la lumière et les couleurs. 

Comme beaucoup d’artistes peintres, Patrice Larue a fait un détour par la pub. Malgré un palmarès éclatant, il se décrit avec autodérision et a préféré revenir à la peinture. C’est dans un style hyperréaliste qu’il peint inlassablement des jambes de femmes. C’est élégant, racé et le plus souvent très lumineux.

Le propos de cette artiste tourne autour du corps en tant qu’enveloppe limitante et matière universelle.  Son usage de la couleur me fait penser au courant Expressionniste, mais la comparaison s’arrête là. Les corps ne sont pas maltraités et le ton reste joyeux. Sur ses autres toiles la peinture s’écoule, parfois comme le sang.

Cet infatigable voyageur parcourt le monde à la recherche de l’ombre et de la lumière. Son spot à lui, c’est le tunnel, avec le meilleur contraste possible. D’une facture plutôt classique, le travail que présente Pierre Riollet dans cette expo montre des portraits de femmes à la Hopper ou à la Degas.

Ce peintre-architecte possède un univers bien à lui. Pour moi il y a quelque chose de très mexicain dans son oeuvre. Je pense à la Fiesta de los muertos, ce jour de l’année où l’on célèbre les morts au Mexique de façon joyeuse et colorée. Je retrouve ce contraste dans le travail de Christophe Tresmontant. Ses personnages m’évoquent également Tim Burton.

Cet ancien de la pub, s’est senti avili par ce monde mercantile. Faire de l’art un moyen de vendre le dégoûte. Son oeuvre actuelle est très cinématographique. Il s’inspire de stars ou de films. Il reproduit une époque, une ambiance et son coup de pinceau donne parfois un aspect holographique à son tableau.


Sensual Self-Portraits 

Jusqu’au 03 mars, la C.A.G propose une série de photos érotiques qui mettent en scène les artistes elles-mêmes. Il  nous est donc donné à voir un travail plus personnel que jamais avec des univers très variés. Ces artistes sont originales, touchantes ou drôles et d’une grande sensualité.

Cette ancienne adepte du shibari (art ancestral japonais), initiée par un maître, nous propose des photos tout en douceur. Elle enchaîne ses formes parfaites avec amour et précaution. On ne voit là aucune souffrance et pour les non-initiés cela permet un regard apaisé. C’est extrêmement sensuel, beau et artistique.

10.jpgAdrienne Art – 10

Cette photographe se prend et se fait prendre en photo. Elle a décidé d’être sa propre muse afin de progresser dans son art. Elle propose ici un mélange de selfies et de photos prises par d’autres, de noir et blanc et de couleur. L’érotisme est fort et le jeu des lumières adoucit ou met en valeur son corps avec une grande précision.

Cette photographe travaille sur deux axes : la street photo et l’autoportrait. Ce qui la caractérise, dans tous les cas et qui est au cœur de son travail, c’est le mouvement. Cela donne une œuvre traversée par l’énergie. Le décor occupe également une place importante, ce qui n’est pas surprenant pour quelqu’un qui photographie la rue.

Cette photographe se sert de son art pour exprimer ce sur quoi elle ne peut mettre des mots, ce qu’elle ne comprend pas, ce qui l’effraie. Son travail est à la fois sensuel et mélancolique. L’eau ruisselante exprime bien cette tristesse, tandis que le corps nu apparaît empreint d’une grande douceur. Une pointe de couleur rouge contraste, rehausse, réchauffe cette atmosphère pluvieuse, lèvres, mamelon ou ongle. Je trouve ça assez touchant.

C’est le fruit d’une collaboration entre un modèle et un photographe. Il s’agit  d’une œuvre sobre et sensuelle. Rondeur, douceur et féminité sont à l’honneur dans ce travail à deux. L’ambiance est minimaliste, pour laisser toute la place à ce corps lisse et plein, photographié sans artifice.

Le travail de cette artiste est ludique. Elle s’amuse avec son corps et son art. Ce mélange de couleurs et de techniques donne du pep’s à son œuvre. C’est à la fois fun, sensuel et féminin.

Cette photographe et modèle taïwanaise a commencé une série de selfies dans les trains français et plus particulièrement dans les toilettes. Lors de son premier trajet SNCF, cet espace confiné, à la luminosité blafarde et agrémenté d’un miroir l’a fascinée, ainsi naissait la première photo d’une longue série. C’est drôle, inattendu et sensuel.

Autre photographe voyageuse qui parcourt l’Europe à la recherche de lieux qui contextualisent l’exposition de son corps nu. Tour à tour, sirène ou oiseau encagé dans des décors marqués par la grandeur et la décadence, on sent que l’ambiance de l’endroit est centrale. Pièces vides, murs lépreux, une touche de couleur et des pauses lascives donnent un ensemble sensuel et aussi un peu désespéré.  

Femmes, femmes, femmes

La CAG propose en ce moment une exposition avec uniquement des artistes féminines. En voyant l’expo, je me suis demandée si la thématique était la peinture érotique vue par des femmes et sur les femmes ou simplement l’érotisme vu par les femmes. Le directeur de la galerie, Patrice Dohollo, m’a confirmé qu’il s’agissait de la vision féminine de l’érotisme. 

Mon interrogation venait du fait, qu’en dehors d’une unique toile, on ne voit que des femmes. Il est quand même intéressant de constater que l’érotisme pour la femme passe par la femme, comme pour l’artiste masculin. Malgré la vague Chippendales et boys bands, les Françaises auraient-elles du mal à saisir l’érotisme d’un homme ?

Enfin, ces artistes féminines abordent l’érotisme de façon très girly, avec douceur, c’est propre et joli. On est loin de l’univers de Veroski par exemple.

Carole Assié est une artiste peintre passionnée par le corps féminin. Elle dit avoir peint des « corps-sages » à des fins alimentaires, bien qu’elle aime les représenter sous leur meilleur jour. Elle joue avec les lumières et parfois la matière, en rendant la toile granuleuse par endroit. Pour elle c’est une façon d’opposer la fragilité du corps à un matériau plus dense. A moi, cela est apparu comme un effet de paillettes. C’est un univers soft et j’ai envie de dire quasi adulescent que j’ai découvert lors de cette exposition. Cependant,  la visite de sa galerie fait entrevoir un potentiel sous la retenue commerciale, quand l’artiste se lâche davantage. 

Rachel Bergeret était styliste et ça se voit. Elle se consacre aujourd’hui totalement à la création artistique, mais sa peinture fait référence au monde de la mode de diverses manières. Rachel nous présente, plus qu’un défilé, c’est un festival, une explosion, un feu d’artifice. Ça claque, ça déborde, c’est inventif, avec de la matière qui sort de la toile. On peut ne pas aimer, mais on ne peut pas rester insensible au fait que cette artiste s’éclate totalement et nous présente un univers joyeux. C’est ce qui m’a plu. Là non plus pas d’érotisme à proprement parlé, mais la célébration de la féminité.

Claudie Gimeno a d’abord été graphiste illustratrice. C’est un parcours fréquent, qu’on retrouve chez de nombreux artistes. Si bien souvent on en saisit encore quelque chose dans les toiles, pour ce qui est de Claudie Gimeno, on ne saurait le dire. Elle peint des corps nus, au repos ou en action, esquissés grâce à  la couleur. On sent l’abstraction toute proche, qu’elle pratique également. Dans sa galerie, on trouve des esquisses à proprement parler assez fortes dont la sensualité est plus marquée.

Kdom, autrefois reine de la nuit au Crazy Horse saloon, et vedette du petit écran, s’est aujourd’hui recentrée sur la peinture. Son travail reste empreint du monde noctambule, ainsi qu’on le voit avec la toile ci-dessus. Les corps sont parfaits, jeunes, c’est éclatant et coloré. Du  glamour à tous les étages. On est à nouveau dans un univers adulescent aux corps idéalisés où tout est lisse. C’est acidulé comme un bonbon. Sa galerie montre des tableaux plus aboutis et un certain humour. Kdom s’amuse.Un charmant échange téléphonique avec Kdom, me permet d’apporter quelques précisions. Les corps dont elle s’inspire sont réels, ceux des filles de 20 ans au Crazy. Elle se peint à partir de photos de cette époque. C’est son rapport avec le temps qui passe : « accrocher sur la toile un corps perdu ». Elle aime peindre le beau et créer ainsi l’émotion. Le prosaïque ne l’inspire pas, pour elle l’art doit faire rêver. Enfin, elle dit ne pas avoir peur de la couleur et ose mélanger des tons qui a priori ne s’accordent pas.

Michèle Narce s’est toujours destinée à l’art, mais ce n’est que relativement récemment qu’elle a pu s’y adonner. Cette maturité fait de son travail une recherche sur le lien entre corps et psyché. Michèle ne cherche pas à représenter la perfection, elle peint les corps tels qu’ils sont et tente d’en transcender la simple représentation en allant puiser du côté de l’émotion. On voit des modèles qui semblent avoir peur, qui essaient de se dissimuler, ou  prêts à bondir tel un fauve. Le tableau ci-dessus dégage beaucoup de sensualité.

Camille Robin  est une artiste autodidacte. La féminité et la liberté d’expression des femmes sont ses thèmes de prédilection. Elle multiplie les techniques, s’inspire de références picturales multiples et retranscrit ses influences venues de la mode et de ses voyages. C’est féminin, joyeux et assumé, les couleurs ont une grande importance, elles jaillissent de toutes parts. Camille dit être aiguillonnée dans son travail par la photographie. Le tableau ci-dessus en est une belle illustration. On a l’impression d’un cliché jauni avec la sensation du temps qui a passé.

FETISH

Jusqu’au 30 août, la Concorde Art Gallery nous plonge dans l’univers du fétichisme, mais un fétichisme plutôt glam, soft et joyeux. Beaucoup de sensualité dans les toiles présentées dans cette nouvelle expo.

Patrick Blondeau a commencé en tant qu’illustrateur dans la publicité. Il est maintenant un artiste à part entière. Il peint à l’aérographe (au pistolet) dans un style hyperréaliste. Son oeuvre est très sensuelle, jamais vulgaire. La matière est brillante, satinée, ajustée. Les corps sont galbés et pulpeux. Cela donne un ensemble visuel très agréable et une atmosphère enjouée. Je salue cet artiste qui ne gomme pas les grains de beauté 🙂 !

Jean-Pierre de Crignis a d’abord œuvrer pour le monde du théâtre concevant des décors pour des noms prestigieux comme celui de Jérôme Savary ou de Jérôme Deschamps. Depuis 1994, il est artiste indépendant et s’adonne à un travail de plus en plus personnel. En ce qui concerne son univers érotique, il y a différents degrés, de juste coquin à davantage réservé à un public averti. Le point de vue, pris d’au dessus, d’en dessous, surprend et  apporte une touche personnelle plaisante. Dans tous les cas son oeuvre dégage une bonne dose de sensualité.

Emmanuel Khatchikian est un artiste autodidacte. Entre Street- et Pop- art, son univers décline les pin-ups des fifties, dans des ambiances de comics ou de décors urbains américains. L’ensemble est gai, coloré, les corps appétissants et très féminins. C’est un voyage que nous offre cet artiste.

Philfri est à la fois musicien, danseur et plasticien, autant dire un artiste accompli et complet. Son oeuvre picturale fait penser à du Dali, de par les couleurs et le fantasme et à Picasso en raison de la déstructuration du dessin. Ses tableaux nous font entrer de plein pied dans un monde onirique et inconscient, dans lequel on sent tout le questionnement du peintre à propos de la sexualité fétichiste. 


Sensual Paintings 4

La Concorde Art Gallery et le galeriste Patrice Dohollo nous offrent actuellement le quatrième volet des expositions Sensual Paintings auxquelles ils nous ont habitués. Ce sont six artistes qui sont présentés et la part belle est faite aux femmes. Une expo tout en contraste.

Jean-Paul Billès est un artiste accompli : peintre, dessinateur, photographe et vidéaste, il est également musicien. Il part du principe qu’il n’y a pas d’oeuvre d’art sans tension. Il joue alors sur les contrastes et les oppositions. Il divise ses toiles pour confronter des corps de femme opulents à des reproductions de planches anatomiques du XVIIIe dans la série Anatomia. L’artiste utilise le même procédé dans la série Infierno en opposant Pin ups des années 50 et vision romantique de l’Enfer de Dante. Ces paradoxes picturaux font alors surgir des questionnements philosophiques :  Eros et Thanatos, le féminin et le masculin, la jeunesse et la vieillesse, le beau et le laid, et ainsi de suite. L’expédient atteint son but et donne toute sa profondeur à l’oeuvre.

Sandra Encoua s’intéresse à la nature et au naturel, c’est à dire aux imperfections. Elle mêle des couleurs froides pastelles à des touches de tons vifs qui apportent une fulgurance au tableau. Parfois la forme émerge sous une épaisse couche de peinture. Je vois dans certaines œuvres une influence expressionniste. Il émane de tout cela un ensemble à la fois doux et abrupt.

Anne-Camille Hubrecht a toujours peint. Elle utilise toutes les techniques de peinture pour représenter son thème de prédilection : les femmes. Les couleurs sont vives, les corps sont en mouvement, s’emmêlent et s’entremêlent et exultent. C’est violent et frontal, sans concession. On pourrait croire qu’il s’agit d’ œuvres réalisées par un homme.

Sylvie Julkowski aime expérimenter, se lancer de nouveaux défis et innover. La série de tableaux qu’elle présente dans cette exposition est très romantique. Les tons sont doux, les décors drapés et moelleux, les femmes sensuelles. En voyant son travail je pense à Degas ou à Manet. C’est une ode à la féminité.

Ancien dessinateur, Manuel Leonardi s’est définitivement tourné vers la peinture. Le procédé est classique, on pense à Bonnard ou à Manet, pour un propos moderne, provoquant. Ses femmes sont des odalisques impudiques et assumées. Elles sont sans fard, sans façon et s’acceptent avec leurs imperfections. On sent comme un vent de rébellion.

Cette ancienne architecte a tout lâché pour se consacrer à sa passion pour la peinture. Son art questionne l’image de la femme nue souvent dépréciée et objetisée. Marion Six recherche un équilibre entre pudeur et représentation réaliste. Elle utilise peu de couleurs, certaines toiles nous plongent quasiment dans une ambiance médico-légale.  La vision des corps à travers la cabine de douche est en revanche très sensuelle. 

Women’s light : Patrick Le Hec’h

silent

Patrick Le Hec’h – Silent

Patrick Le Hec’h est à la fois illustrateur, graphiste, peintre et photographe. Grâce aux opportunités qu’offrent les nouvelles technologies, il compose des œuvres originales et inattendues. Si la sensualité féminine est au premier plan, qu’on ne s’y trompe pas, son travail recèle symbolique et questionnement. Dans sa biographie, l’artiste dit avoir été influencé par le surréalisme en tant que peintre, on peut en dire autant de ses photos. En effet, on croise une femme nue sur un tigre Place de la Concorde, une autre dans une ampoule ou dans une bouteille avec des couleurs rappelant un Magritte ou un Dali.

Comme je le disais en introduction, Patrick Le Hec’h met en image nos interrogations sur l’Univers, les origines à travers une belle série qui met en scène une femme sur fond de galaxie, éclairée par la lumière d’une planète. Il nous propulse ainsi très loin de nos repères. Le ciel est un élément crucial qu’on retrouve dans toute son oeuvre.

Patrick Le Hec’h aime également installer ses modèles dans un environnement urbain : N.Y, Paris, Istanbul. Femme nue dont la douceur des courbes contraste avec les buildings géométriques à la symbolique phallique. La plupart des clichés sont en noir et blanc ou sépia comme pour nous renvoyer à la réalité, contrairement au chatoiement des séries plus surréalistes et poétiques.

Les modèles posent parfois sur des fonds plus exotiques. Une femme enroulée comme une liane (dixit mon ami Thierry) dans un décor de cactus, tandis qu’une autre coule comme une cascade jusqu’au sol, avec en arrière plan un paysage de Floride. Une autre  encore s’effleure le sein dans une ambiance asiatique dont on perçoit l’humidité. J’ai trouvé ce geste touchant et troublant,  il donne son essence à la photo. Ici, le modèle est dans l’ombre, son corps n’est pas en gros plan, on est au-delà de la beauté du corps, l’émotion surgit.

Enfin, chez Patrick Le Hec’h le cadre est essentiel. Le cadre est une fenêtre, un miroir. Il sert à masquer, à révéler ou à refléter. Soit l’artiste le représente soit il le remplace par d’immenses baies vitrées, des colonnes ou des stores. La photo est délimitée, encadrée, quadrillée.

Une belle exposition à découvrir à la Concorde Art Gallery jusqu’au 25 avril.

EROPOPART

La Concorde Art Gallery propose actuellement une vision érotique du pop art avec 8 artistes, comme chaque fois très différents les uns des autres. C’est joyeux, coloré et ludique.

Cette artiste est énigmatique. Elle se photographie (ou se fait shooter) en se mettant en scène en surimpression. D’après ce que je comprends, elle est autodidacte. Pour ce qui est de cette exposition, elle nous propose 4 œuvres en format pop-ups, avec des scènes façon BD des années 50. ça fourmille, ça explose dans tous les sens, chaque tableau est à lire et à regarder. En voyant son travail, j’ai d’abord pensé que l’auteur était un homme. La liberté que procure la création artistique abolit le genre et je suis ainsi régulièrement surprise.

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Elka Leonard – Striptease Acte 2

Elka Leonard se destinait à l’expertise comptable. La peinture l’a détourné d’un chemin tout tracé, d’une vie « bien rangée ». Elka s’est autorisé plus de liberté, l’imagination, le fantasme et l’incertitude. Cependant son univers onirique, luxuriant et élégant, laisse transparaître très clairement son goût pour ce qui est maîtrisé. Le tableau choisi ici avec ses motifs géométriques en est l’illustration parfaite. Hélas, l’image que donne à voir l’ordinateur ne rend pas hommage à tout le travail, le relief de ses toiles. C’est un érotisme « propret » (sans jugement péjoratif de ma part) qui vient contraster avec le libertinage débridé d’une Adrienne Agosta.

Voici un artiste qui prend plaisir à brouiller les pistes. On sent qu’il s’amuse beaucoup à mélanger les époques et les genres, comme dans la toile ci-dessus. C’est un joyeux tohu-bohu qui fait référence, l’air de rien, aux différentes époques de l’histoire de l’art. C’est irrévérencieux et amusant. L’ensemble de l’oeuvre de Georges Levy est chamarré et joue avec le spectateur à qui rien n’est donné d’emblée. 

Thomas Baudel est issu de l’univers de l’infographie. C’est assez visible et notamment dans la toile que je montre ici. La culture rock est sa source d’inspiration pour représenter des filles sexy et libérées. Il cherche à insuffler un vent contestataire à la jeunesse d’aujourd’hui. J’ai trouvé son travail coloré, enjoué, impertinent et gentiment déjanté.

Thierry Baudenon travaille dans l’univers publicitaire et affiche un palmarès étendu de clients prestigieux. Son travail artistique est mêlé de diverses influences : pop art, comics, mangas et cinéma populaire. Il représente essentiellement des pin-ups. Son oeuvre sent bon le pop-corn, ça explose de par les couleurs vives et le tracé dynamique. Les courbes de ses femmes sont très sensuelles, ainsi qu’on peut le constater dans le tableau ci-dessus.

Emilie Ménard est autodidacte, mais dessine depuis toujours. Son inspiration lui vient des femmes dont elle questionne la place dans la société actuelle. Elle aime les représenter affranchies et libres. Pop art, street art et photographie nourrissent sa création. Si les fonds sont colorés, il se dégage malgré tout de la toile une certaine mélancolie. Le regard des sujets m’a interpellée, j’y vois de la tristesse, de la résignation, parfois de la colère. Les textes, quand il y en a, soulignent cette désespérance comme : « there is no exit » ou « fake happiness ». On pense à des femmes contraintes de se vendre.

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Jos Verheugen – Mondrian 2

Jos Verheugen a délaissé la recherche médicale, trop bornée et politiquement dépendante pour lui, pour l’art. Dans la série présentée à l’expo, il part de l’oeuvre de son compatriote Mondrian auquel il ajoute du volume en y représentant un corps humain et parfois des animaux. Il ne cherche pas à peindre des corps féminins parfaits, mais plutôt alourdis par le temps. L’artiste n’enjolive pas mais expose ce qui est sans cruauté. Il veut montrer des femmes qui s’assument telles qu’elles sont. J’ai trouvé ça touchant et rassurant. Cela n’empêche pas le modèle de ce tableau-ci d’être sexy. Le fond Mondrian rigide est adouci par les courbes féminines et les couleurs du tableau d’origine égayent le tout.

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Patrick Vinci – Doisneau

Patrick Vinci veut déranger, sinon il considère que le but artistique n’est pas atteint. Personnellement, je dirais que je me suis sentie déroutée. Le peintre mélange peinture et photo, joue avec les références culturelles, les symboles. L’influence street art est claire, mais l’artiste l’enrichit, peut y accoler un portrait de comics,  des bonhommes à la manière de panneaux de signalisation et ça devient drôle (cf Love mini). Je ne voyais pas toujours l’érotisme dans ses toiles, mais mon ami Thierry m’a fait comprendre qu’il fallait chercher dans la symbolique.

Sensual Paintings 3

Encore une expo intéressante à la Concorde Art Galleryavec comme toujours des genres assez variés. Cela va de l’hyperréalisme pour deux des artistes présents, tandis qu’un autre se revendique de la Renaissance et que certains ont adopté un style moderne leur appartenant, même si on peut y sentir des influences.

Voici un peintre qui a beaucoup réfléchi a sa pratique, qui a travaillé plusieurs styles pour finalement opter pour l’hyperréalisme. B. Brice est également passionné de photographie, son choix n’a donc rien de surprenant. Lors de l’exposition, je me suis dit que cet artiste me faisait voyager et j’ai découvert qu’il était né en Océanie, tout s’explique donc. Ce peintre est imprégné des lumières de son sol natal, on sent la brise et la chaleur à travers ses toiles. Son oeuvre est un hymne très sensuel au corps de la femme, avec des jeux de transparence et une grande douceur.

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Série « Asie » 1 -Lucie Barra

Lucie Barra ne s’était pas destinée à la peinture, elle s’est formée en parallèle de son autre vie. Son travail est totalement incarné, quand elle ne peint pas des corps, ce sont des visages. La série présentée dans cette exposition est tout en force et contraste. Cela vient d’une part de la technique, une peinture au couteau qui donne un trait vigoureux et d’autre part du choix des couleurs : le noir et blanc. Enfin,  parfois des gouttelettes rouges jetées sur la toile renforcent encore l’énergie du tableau et le rehaussent. J’ai ressenti une musicalité, un rythme jazzy dans l’oeuvre de cette artiste.

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Le drap vert – Nicolas Curmer

Nicolas Curmer est un artiste éclectique. Il peint aussi bien des portraits, des corps, que des séries sur le sport, l’eau ou des paysages. Il varie aussi les techniques : dessin, peinture, aquarelle. Ce qui est touchant, c’est qu’il n’hésite pas à s’inspirer de modèles d’âge parfois mûr, représente des corps pas nécessairement parfaits, des femmes pas forcément belles. Cet artiste peint la vie telle qu’elle est. Dans l’oeuvre que j’ai choisie, j’aime les draps froissés, le sein contre le matelas et l’ambiance estivale et paisible qui s’en dégage.

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Dark side Jekill – Paul Laurenzi

Paul Laurenzi  est d’abord passé par la publicité et l’illustration pour enfants. Aujourd’hui reconnu en tant que peintre, ses sujets féminins sont tout en rondeurs, courbes et douceur. Ses femmes sont élégantes et distinguées. Mais si la gent féminine est plutôt douce, même si déterminée, il rôde des personnages méphistophéliques. L’artiste se dit profondément marqué par le conte de La Belle et la Bête, ce contraste n’a donc rien de surprenant. Pour moi la série présentée dans cette exposition évoque des jeux de rôle en club libertin. Parfois, la facture des toiles de Laurenzi me font penser à l’école de Pont Aven.

Avec Denis Prenzel nous revoilà dans l’hyperréalisme. D’après ce que j’ai pu trouver à propos de cet artiste sur Internet, son unique sujet d’inspiration est la femme nue. Dans cette exposition, ce sont des dessins qu’il nous donne a voir, en noir et blanc, façon photographie sépia. Denis Prenzel est d’ailleurs, lui aussi, également photographe. Ses modèles ont des poitrines lourdes et rondes, les courbes sont harmonieuses. C’est un regard sensuel qui est resté ingénu et ému comme l’adolescent dans sa découverte de l’autre sexe.

Donald Sheridan dit peindre pour ne pas sombrer dans la banalité quotidienne. Son discours est (faussement ou exagérément) désabusé. Cet artiste n’a pas de formation artistique. Il peint uniquement des portraits et des nus. Sa peinture est comme lui, sans fard, il va droit à l’essentiel. Je trouve qu’il y a dans son travail une inspiration expressionniste avec des couleurs froides, des corps qui ne sont pas forcément représentés de la façon la plus esthétique qui soit. Le tableau que j’ai choisi ici m’a plu parce qu’il est empreint de douceur, les formes sont rondes et pleines. J’aime aussi le contraste du fond en noir et blanc dans lequel le corps vient s’incruster.

Vladimir Titov joue le contraste : il utilise la technique Sfumato de la Renaissance tandis que son style est moderne. Cela donne des fonds de toiles vaporeux et enveloppants. Il se dégage du travail de l’artiste une impression de peinture classique malgré la modernité du thème. Son tableau sur les Femen  peut évoquer Boticelli et cette inconnue qui illustre mon propos La source d’Ingres.


Erotic drawings

La Concorde Art Gallery nous offre en ce moment une exposition de dessins érotiques autour de 10 artistes aux univers et aux techniques assez différents. Il y en a pour tous les goûts : gay, bondage, SM, vanille. En voici un aperçu :

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Attachée – Didier Axterdam

Didier Axterdam est illustrateur et notamment l’illustrateur attitré de La Musardine pour les pages intérieures la collection Osez. Dans un premier temps, les œuvres de ce dessinateur m’ont fait penser à un test de Rorsharch. Essentiellement du noir et blanc, tâches jetées sur le papier qui requièrent notre attention et un peu de temps pour en saisir toute la portée. Quand Didier Axterdam utilise la couleur, les corps deviennent brillants, luisants, faisant ressortir courbes et mouvement. Peu sensible au bondage, cet auteur parvient à m’en faire sentir la sensualité grâce aux arrondis, par les parties du corps offertes qu’il met en avant ou par de légers détails. Ici j’aime ces quelques poils pubiens qui dépassent, cette poitrine galbée, ces tétons érigés. C’est un bondage soft, d’où surgit davantage l’idée de volupté que de souffrance.

Clairement d’inspiration expressionniste, le travail de Sébastien Brunel est axé sur le mouvement. Ses corps sont mêlés, emmêlés, embrouillés. Le tracé froid en lui-même s’enflamme lorsque l’auteur utilise la couleur, des tons chauds qui illuminent la toile et apportent ardeur et sensualité au dessin. Charlotte rouge illustre parfaitement mon propos, d’où mon choix bien que la toile ne soit pas exposée.

J’ai déjà parlé de ce peintre lors de l’exposition précédente : Sensual paintings 2. Nous le retrouvons ici, fidèle à lui-même avec des sexes d’homme érigés. Cependant cette fois-ci, j’ai aussi découvert des femmes. Enfin, quand je dis des femmes, je devrais dire des attributs féminins. En effet, comme pour les autres toiles, l’artiste se distingue par l’absence de visage et des organes sexuels zoomés, massifs ou colorés pour mieux méduser le spectateur. Alric Cazal joue les Gorgones et nous donne à voir l’obscène. Le tableau ci-dessus est moins âpre. Les courbes, la chevelure apportent douceur et sensualité.

Chrislen est une autre artiste déjà présente lors de Sensual paintings 2. Elle avait très gentiment accepté que je réalise une interview. J’avais beaucoup aimé ce qu’elle avait exposé la fois précédente. Ce qu’elle montre ici est assez différent, parce qu’il s’agit de dessins et non de peinture (le support et la matière jouant un grand rôle pour cette peintre) et que les représentations sont plus explicites, plus frontales. Elle conserve cependant beaucoup de délicatesse. C’est son oeuvre qui m’a le plus touchée. Il en va de même pour Thierry et Stéphane qui ont fait le tour de l’expo avec moi. On sent derrière son travail une grande amoureuse.

Artiste inspiré par le BDSM, parce que cela lui permet, paradoxalement, un travail sur le mouvement, l’ensemble des œuvres présentées par Pierre Estable étaient dans cette thématique. Le tracé est sensuel, mais j’ai été percutée par la douleur physique. J’ai donc eu un peu de mal à ressentir l’érotisme que dégagent les dessins. Le tableau que je présente ici est un des plus soft, pas de visage exprimant le cri ou la souffrance. J’aime ce sexe offert et ceint, le mouvement du corps, cette poitrine érigée. Les couleurs sont froides et contrastées pour mieux faire ressortir la douleur physique.

Florine Pigny a fait évoluer son art en découvrant l’atelier de Pierre Estable. Il donc logique qu’on retrouve le thème BDSM. J’ai d’abord été surprise par tous ces corps à l’envers. En effet, plusieurs dessins représentent les modèles les pieds en l’air et la tête en bas. Puis en y revenant un peu plus tard, deux éléments sont ressortis : j’ai vu des corps vaincus, comme si le bondage avait, enfin, assouvi la pulsion sexuelle et la force de suggestion du trait. En effet, l’artiste suggère plus qu’elle ne montre et son tracé possède une grande force évocatrice. Je trouve le dessin en attente très sensuel, le mouvement des jambes est tellement féminin.

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Denis Verlaine

Denis Verlaine est un illustrateur qui ne se contente pas de dessiner des scènes érotiques, il crée une ambiance en incluant les détails d’une époque, d’un lieu ou un décor. Les visages des filles sont assez réjouissants, elles sont jolies, déterminées ou en extase. Le dessin que j’ai choisi me plait parce qu’il est à la fois drôle et irrévérencieux. Le châtiment par la flagellation se transforme en délicieuse expérience onanique chez cette bonne sœur tout en sensualité.

Grâce à Thierry nous avons rencontré l’artiste. Veroski nous a interpellé par son travail qui pourrait être celui d’un homme. C’est cru, sans complaisance.Nous avons fait part à l’artiste de notre vision de ce visage. Ce qui pour nous révélait un manque de jouissance est pour elle davantage l’expression d’une intense concentration. La sexualité ce n’est pas rien, dit-elle, c’est l’acte fondateur. Quant au fait que son oeuvre dégage tant de masculinité, cela ne la surprend pas, elle dit avoir eu à se battre dans sa vie et avoir développé une part un peu masculine pour affronter l’existence.

Vinus est photographe, illustrateur et sculpteur. Ses dessins sont gays, festifs, colorés. Il dépeint des scènes sens dessus dessous, c’est orgiaque, tout est dans la démesure, décadent :  ça gicle, ça suce, ça branle dans tous les coins. Le tout est illustré à la manière de publicités dont le message serait : « Venez vous éclater, surconsommer du sexe jusqu à l’O.D ». Je vois son travail comme le Pop art du sexe, une vision de la pratique sexuelle dans une société de consommation industrielle : satisfaction immédiate, sans passer par la case besoin et la domination du principe de plaisir, reléguant le principe de réalité au placard. 

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Friandise – Yxes

Yxes  est clairement identifiable comme  étant un auteur de BD, même s’il est également illustrateur pour la presse. Il a un univers exclusif : le femdom : les dominas et les soumis. Il dit assumer pleinement aujourd’hui sa fascination SM et cela se voit. Le trait est précis, le dessin sans ambages et les scènes sans équivoque. On y voit les humiliations, les souffrances infligées et des femmes au regard impérieux. Je trouve cette planche assez sensuelle même si je suis très loin de ce microcosme.


Sensual paintings 2

Danaé – Revue par Christian Doulet

Christian Doulet a longtemps peint en noir et blanc. Aujourd’hui on sent qu’il prend un plaisir fou à faire éclater la couleur dans son travail. Son oeuvre s’inspire de l’actualité comme son tableau Bannir la haine, qui évoque les attentats, la femme se transformant en lionne pour défendre sa vie. Il peint aussi pour exprimer des émotions liées à sa vie personnelle comme dans Bonheur – tristesse – souvenir. On notera que la représentation de la femme est le canal qu’utilise Christian Doulet pour extérioriser ce qu’il ressent. Il aime à revisiter les toiles connues, comme celle que j’ai choisie ici.

Coups de pinceau 2 – Philippe Jacquot

Philippe Jacquot possède un style bien à lui qui laisse la place à l’imaginaire. Sa peinture semble explorer les genres, les matériaux, le mouvement, les thèmes qu’il décline sous différents angles. Il nous invite au voyage. La femme est centrale dans son oeuvre. J’ai particulièrement aimé la série Coups de pinceaux. Le jeu du contraste, comme un négatif de photo argentique permet une sensualité très forte, qui jaillit de la toile. Dans le même temps, l’ensemble dégage beaucoup de douceur. Les courbes en creux sont également belles et charnelles. C’est un joli hommage rendu au corps de la femme. On devine une grande sensibilité derrière ces tableaux.

Fille au chat – Marc Jallard

Marc Jallard travaille les fonds de ses tableaux avec des couleurs vives et des motifs. Il déguise ses personnages, leur donnant parfois une allure grotesque. L’artiste parle d’enluminures, j’aime bien cette idée. Cependant ce que voit le spectateur ce sont les visages, les expressions. C’est assez remarquable dans son oeuvre Western 2. Les officiers de la cavalerie américaine ont des faciès très intéressants.

J’ai aimé ce portrait de la fille au chat parce que je lui ai trouvé un air désabusé, une lassitude sous une apparente détermination. Elle a quelque chose de dépouillé, sans artifice aussi bien dans sa mise vestimentaire, que sa coiffure ou son absence de maquillage. Cela la rend touchante.

So loved 3 – Ledogar

Ledogar est peintre et photographe. Son travail est d’une grande modernité, c’est fulgurant dans le trait et la lumière. Sa peinture dégage une grande énergie grâce à un tracé très épuré. Je perçois également une musicalité jazzy dans son oeuvre. Le corps des femmes apporte la touche de douceur de cette peinture parce qu’il est tout en courbe et en rondeur, sublimé par une luminosité intense. Je retrouve tout cela dans le tableau So loved 3, que je choisis ici pour illustrer mon propos.

Waiting for

Waiting for – Guillaume Strohl

Guillaume Strohl sublime la femme. Il soigne les regards perçants, les poses, les expressions. Les courbes sensuelles contrastent avec les textures et les épaisseurs de peinture qui figent le tableau tandis que le dessin perfore la matière. C’est moderne, parfois urbain. Cette tendresse pour la femme est touchante et le procédé intéressant. Le tableau présenté ici, Waiting for  de la série Femmes de rouille, illustre bien l’opposition entre matériau rigide et courbe charnelle.


Sensual paintings

Alric Cazal - Rebondit

Rebondit – Alric Cazal

Alric Cazal joue avec les contrastes : la blancheur des corps sur le fond noir de la toile afin de faire ressortir son sujet qui est un véritable sujet d’étude. Il peint sans relâche la nudité masculine qu’il présente avec férocité. L’oeuvre crue dégage de la bestialité : corps noueux, puissants, sexes imposants érigés tandis que les  visages sont à peine esquissés. L’auteur parle d’une influence de l’expressionnisme allemand. Oui on y pense parce que le dessin est sans concession, rien ne vient l’adoucir, mais les corps qu’il donne à voir sont à l’opposé de ceux d’un Egon Schiele qui les peint douloureux, décharnés, torturés. Ils ne sont pas non plus ceux d’un Otto Dixparfois vampiriques ou traités, selon moi, avec sadisme. Le travail d’Alric Cazal montre un intérêt bienveillant à la nudité, il aime les corps qu’il représente malgré leur animalité. 

Chrislen - 777-7

7 -777 Chrislen

Le travail de Chrislen  ne s’offre pas à nous d’emblée. Les corps affleurent derrière l’épaisseur des couches de peinture. Du coup ce qui émerge est puissant et lumineux. L’érotisation est forte quand ce qui surgit est la pointe érigée d’un sein ou la lumière autour du nombril. Elle aussi évoque l’expressionnisme allemand, mais là encore l’artiste aborde le corps avec bien plus de douceur et d’indulgence. Malgré l’usure que Chrislen symbolise par cette toile épaissie de peinture, la sensualité demeure préservée, il n’y pas de maltraitance infligée par l’artiste à son sujet.

Sylvie Magnin -Vénus rouge

Venus rouge – Sylvie Magnin

Sylvie Magnin est imprégnée de l’air du temps, le street art l’inspire. Son travail utilise le collage, le pochoir, le spray en plus du dessin. C’est urbain, contemporain, lumineux, mais cela ne fait pas perdre de vue que ce sont des corps de femmes vendus aux hommes notamment avec une geisha ou sur la toile nommée Red light... Donc sous un aspect léger, chatoyant qui flatte l’œil, le propos est plus grave qu’il n’y parait au premier abord. 

Cédric Marachian - Valahlla

Valahlla – Cédric Marachian

Cédric Marachian se réfère également à l’expressionnisme et c’est peut être dans son travail qu’en effet je retrouve le plus cette inspiration : peinture épurée à l’extrême, froideur dans les couleurs et les fonds. Je pense que cette représentation m’a touchée parce que dans ce cas précis le rouge vient enflammer la toile. Dans l’ensemble de l’oeuvre une dose de sensualité subsiste contrairement à l’expressionnisme pur.

Lucy Michiels - Fines dentelles

Fines dentelles – Lucy Michiels

Lucy Michiels est la touche de douceur de cette expo.Elle peint de façon hyper réaliste des visages et des corps féminins sensuels, qu’elle veut onctueux et lumineux. Les drapés, les tissus sont très beaux, amènent du contraste, notamment les rouges. Je n’ai pas choisi une de ces toiles là pour illustrer mon propos car l’ordinateur ne leur rend pas hommage et leur fait perdre leur essence.

En conclusion, c’est une exposition riche et variée. Même si 3 auteurs sur 5 se prévalent de l’expressionnisme, il n’en reste pas moins que leur travail aborde ce courant de manière différente et diversifiée, chacun y apporte sa vision et sa touche personnelle. Quant aux deux autres peintres, elles amènent un autre univers plus contemporain ou plus classique. Dans tous les cas, on ne reste pas indifférent et la sensualité est bien au rendez-vous chez chacun des artistes dont les œuvres et l’approche se confrontent et se répondent.


Expo tattoo

Irezumi – Ghislain Posscat

Il s’agit là de mon artiste préféré. Je suis attentivement le travail de Posscat depuis que je l’ai découvert dans Enquête très spéciale. Il m’a d’ailleurs, avec beaucoup de gentillesse, permis d’illustrer mon blog à 2 reprises avec ses photos, pour un poème dAragon et un texte d’Apollinaire. L’inspiration lui vient dans des lieux abandonnés, c’est l’originalité et la spécificité de sa création. Ce que j’aime dans son oeuvre, c’est l’utilisation du contraste : entre ses femmes belles et fraîches et les lieux désaffectés, entre l’ombre et la lumière, entre le noir et la couleur. Je suis sensible également aux poses et aux corps qu’il photographie.

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Sophie – Jean-Claude Sanchez

Cet artiste nous présente ici son travail sur le tatouage. Lorsque l’on visite sa galerie, on constate en effet, que les œuvres de Jean-Claude Sanchez  sont classées par thématiques. Le nu est l’axe central de son oeuvre, mais pas son unique objet artistique. Parmi les photos présentées pour l’exposition, c’est ce tatouage d’inspiration japonaise qui m’a le plus touchée. J’y vois une grande douceur, j’aime cette épaule dénudée et ce grain de peau. La pose est très sensuelle.

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La toilette – Céline Andrea

Cette photographe met en scène la nudité, hommes, femmes, couples… Céline Andrea utilise majoritairement le noir et blanc. On sent chez elle beaucoup d’amour pour le corps féminin, dont elle aime les formes pleines, les culs et les seins rebondis, qui débordent de féminité. J’ai particulièrement aimé la scène de la douche, avec un sein qu’on devine en transparence, les courbes douces et sensuelles du modèle.

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Becky 62 – Michel Portier

Comme le laisse présager cette photo, Michel Portier  n’est pas indifférent au bondage, sa galerie le prouve. Il joue avec les formes et les couleurs, faisant de ses photos des peintures, il scénarise beaucoup. Les corps ne sont pas toujours traités avec douceur, mais quand tel est le cas, alors c’est vraiment très doux. J’aimé ce cul magnifique, cette taille marquée par la dentelle et ce talon féminin sans être  fétichiste.

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Katattoo – Christian Peter

C’est un photographe qui a une large palette d’inspiration.Quand Christian Peter s’intéresse au corps de la femme, ce n’est pas un corps lisse et harmonieux qu’il met en lumière, mais plutôt une anatomie empreinte d’âpreté. Il photographie également les femmes enceintes, au ventre « déformé ». J’ai choisi cette photographie justement parce qu’elle dégage davantage de douceur pour moi que les autres. J’aime la joliesse des formes et des courbes ainsi que la pose, le contraste qu’amènent les chaussures avec le corps dénudé.

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Proposition-10 – Fabrice Dang

Fabrice Dang, comme Posscat, fait la part belle au décor au point de fondre ses modèles dans les motifs qui les entourent. Enfin… pas tout à fait car les regards sont d’une grande intensité, c’est un des éléments qui m’a touchée. J’aime cette photo qui dégage une atmosphère à la fois rétro et romantique. Le regard bleu de cette femme-enfant est très intense, il vient donner beaucoup de force à la photo.

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Icone intime – Thomas Depaepe

Cet artiste ne photographie pas systématiquement des femmes nues. Il les met parfois en scène habillées,  dans une ambiance donnée. Les corps ne sont pas nécessairement très féminins et Thomas Depaepe ne photographie pas seulement les attributs sexuels de la femme. J’ai choisi cette photo parce qu’elle dégage davantage de féminité que les autres, car quand ce photographe décide de mettre le féminin au premier plan, il y parvient avec beaucoup de puissance. J’aime les courbes qui se perdent dans le drap et le côté ingénu du modèle.

Bon vous l’aurez compris, je suis plus sensible aux corps qu’aux tatouages… En effet, c’est la nudité, la sensualité, la féminité qui me touchent. Néanmoins, les tatouages sont beaux et viennent rehausser ces corps magnifiques. Une très belle expo à ne pas manquer, que l’on apprécie l’art du tatouage ou pas.

Exposition « Mauvais genre »

Jusqu’au 17 décembre, la galerie du jour Agnés b, expose la collection de clichés du réalisateur français Sébastien Lifshitz, défenseur des LGBT. Cette collection de photos amateur relate l’histoire des travestis hommes et femmes, entre 1880 et 1980, en Amérique du nord et en Europe.

A travers ces anonymes et quelques célébrités nous traversons un siècle d’évolution de l’image du corps et du genre dans la société occidentale, avec en filigrane celle des rapports homme/femme. Le genre, codifié par le politique, se devait d’être clairement contrasté et identifiable, ce qui a abouti à la confusion entre sexe biologique et identité sexuelle.

Cette rétrospective nous montre le combat d’individus qui ont “osé” afin de sortir de ce carcan. On mesure la force de leur désir de liberté, ainsi que leur courage pour transgresser la loi, tandis que le législateur tente de les en dissuader avec un arsenal juridique lourd. Cette situation pousse une communauté d’hommes de Washington dans les années 30, à se photographier entre eux, habillés en femme. Ils posent de manière non ostentatoire dans leur cuisine à l’insu des autorités. Les gens bien-pensant veulent voir dans le travestissement un dysfonctionnement sociétal et déviant. Ils tiennent un discours disqualifiant à l’encontre de ceux qui bousculent l’ordre établi, comme le prouve un ensemble de photos qui illustre le mouvement antiféministe. Des femmes du début du XXe siècle sont photographiées dans des uniformes d’hommes, le but est de dénoncer la masculinisation de celles qui s’émancipent et gagnent leur vie. Les antiféministes cherchent à leur interdire l’accès à de nombreuses professions. Ils estiment que la promotion féminine dans le monde du travail menace l’équilibre familial.

En plus de raconter l’évolution de la catégorisation sexuelle et de la lutte pour y parvenir, ces photos sont rares et souvent belles. Ce sont des témoignages précieux de gens qui ont lutté pour leur différence et leur reconnaissance en tant qu’êtres à part entière : ni freaks, ni malades mentaux, ni individus inférieurs. Pour toutes ces raisons, cette exposition mérite le détour. Elle est d’autant plus importante que notre époque tend à remettre en cause des libertés durement conquises.

 


ROBERT MAPPLETHORPE (1946 – 1989)

Quand Robert Mapplethorpe rencontre Patti Smith, ils décident l’un et l’autre de ne vivre que pour leur art. Photographe bi-sexuel, il va explorer les corps, le sexe (jusqu’à se prostituer), le genre, les origines, le BDSM dans sa vie comme dans son art. Il fit scandale et fut souvent censuré. Sa sulfureuse réputation contribua à faire sa renommée. Le musée des Beaux Arts de Montréal lui rend hommage.


Rolla - Henri Gervex

Rolla (1878), par Henri Gervex

Le musée d’Orsay propose une rétrospective de la prostitution à l’époque des maisons closes, à travers les artistes qui l’ont illustrée ou photographiée.

Le visiteur est plongé dans ce monde parfois clinquant, le plus souvent avilissant dont la femme était à la fois objet de fantasme, de désir ou de dégoût. En effet, la virulence de certains propos de gens bien-pensants qui se croyaient investis d’une mission d’ordre moral  est abjecte.

Cette exposition montre également à quel point cet univers a occupé une place importante dans la peinture. S’il ne fait aucun doute que les peintres ont été largement inspirés par les prostituées et les maisons de tolérance, il est à noter que leur art a évolué afin de pouvoir les représenter le plus fidèlement possible.

Parmi les artistes exposés, on trouve ManetDegas, Toulouse-Lautrec bien sûr, Munch, Vlaminck ou Picasso

Cet un bel hommage rendu à ces femmes et qui plus est d’une grande richesse puisqu’on y voit aussi des objets, des films, du matériel documentaire qui rendent plus concrète encore cette période des maisons closes

Jusqu’au 17 janvier 2016